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Carnet de voyage |Chroniques du Bangladesh # 2
Le camp de réfugiés de Kutupalong
Kutupalong

Une citoyenneté, un de ces luxes nécessaires

A perte de vue, des âmes de bambous dressées vers le ciel, des amas de plastiques, comme les restes d’une vie, fatigués, détrempés, affaissés, ne cherchant plus a résister aux assauts incessants de la pluie. A bâbord, à tribord, des enfants au ventre gonflé du vide laissé par la faim, reluquant l’étrange visiteur de leurs grands yeux inquisiteurs. Alentours des ombres noires, fantômes errants à la recherche d’un territoire à hanter. Partout, des êtres chétifs amaigris, passifs, n’osant plus espérer sortir de la torpeur d’une attente qui s’est fait existence. Ombres d’un désastre humain qui se joue et se rejoue depuis des dizaines d’années dans l’indifférence générale.Inconnus, invisibles, apatrides, qui se soucierait de ces êtres que seules leurs privations définissent ?

PASSE à oublier

Présent en attente

Futur en suspens…

Le temps ?

D’une identité, que leur reste-t-il ? D’humanité ont-ils été boudés ?

Ce dont ils sont privés ? Une citoyenneté, un de ces luxes nécessaires qui se fait oublier par sa présence mais dont l'absence à jamais condamne à l’errance.

De la boue, des cris, des pleurs, une promiscuité carcérale, un univers clos, dans une convalescence improbable… une attente d’une autre fuite un jour peut-être…

La foule, la chaleur, les odeurs…

Un mauvais songe ? Non, vous êtes bien conscients… Vous venez juste d’effleurer des bribes d’existence brisées des réfugiés birmans du camp de Kutupalong dans le Sud du Bangladesh. Une éphémère pensée contre des années d’attente impuissante, mais une pensée tout de même.

Un morceau de papier pour répondre à la question « Qui suis-je ? »

Ni birman, ni bangladeshi, ni citoyens, all>
Au-delà des faims, des maladies, des dangers, des obstacles, dans la promiscuité des camps dont les issues sont barrées, ce qui manque cruellement c’est droit enfin de continuer à être.

Invisibles et trahis,

Insensibles car trop meurtris,

Affamés, apeurés, comment imaginer une nouvelle vie demain si personne ne reconnaît les souffrances incurées d’hier ?

Comment retrouver une temporalité aujourd’hui? Les saisons se succèdent mais perdent leur sens, maintenant le rythme naturel est ajusté aux distributions de nourriture. Interdits de sortir de l’enceinte par le gouvernement du Bangladesh qui, décidément, trouve ces hôtes bien encombrants. Ils passent leurs journées à tuer le temps - seule denrée dont ils jouissent dans l’excès – mais dont ils manquent paradoxalement, trop conscients des espérances gaspillées à trop attendre.
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peurés, comment imaginer une nouvelle vie demain si personne ne reconnaît les souffrances incurées d’hier ?

Comment retrouver une temporalité aujourd’hui? Les saisons se succèdent mais perdent leur sens, maintenant le rythme naturel est ajusté aux distributions de nourriture. Interdits de sortir de l’enceinte par le gouvernement du Bangladesh qui, décidément, trouve ces hôtes bien encombrants. Ils passent leurs journées à tuer le temps - seule denrée dont ils jouissent dans l’excès – mais dont ils manquent paradoxalement, trop conscients des espérances gaspillées à trop attendre.