Une citoyenneté, un de ces luxes nécessaires
A perte
de vue, des âmes de bambous dressées vers le ciel,
des amas de
plastiques, comme les restes d’une vie, fatigués,
détrempés, affaissés, ne
cherchant plus a résister aux assauts incessants de la
pluie. A bâbord, à
tribord, des enfants au ventre gonflé du vide
laissé par la faim, reluquant
l’étrange visiteur de leurs grands yeux
inquisiteurs. Alentours des ombres
noires, fantômes errants à la recherche
d’un territoire à hanter. Partout, des êtres
chétifs amaigris, passifs, n’osant plus
espérer sortir
de la torpeur d’une attente qui s’est fait
existence. Ombres d’un désastre
humain qui se joue et se rejoue depuis des dizaines
d’années dans
l’indifférence générale.Inconnus,
invisibles, apatrides, qui se soucierait de
ces êtres que seules leurs privations définissent ?
PASSE
à oublier
Présent
en attente
Futur
en suspens…
Le
temps ?
D’une
identité, que leur reste-t-il ?
D’humanité ont-ils été
boudés ?
Ce
dont ils sont privés ? Une citoyenneté, un de ces
luxes nécessaires qui
se fait oublier par sa présence mais dont l'absence
à jamais condamne à
l’errance.
De la boue,
des cris, des pleurs, une promiscuité carcérale,
un univers
clos, dans une convalescence improbable… une attente
d’une autre fuite un jour
peut-être…
La
foule, la chaleur, les odeurs…
Un
mauvais songe ? Non, vous êtes bien conscients…
Vous venez juste
d’effleurer des bribes d’existence
brisées des réfugiés birmans du camp
de
Kutupalong dans le Sud du Bangladesh. Une
éphémère pensée contre des
années
d’attente impuissante, mais une pensée tout de
même.
Un morceau de papier
pour
répondre à la question « Qui suis-je ?
»
Ni
birman, ni bangladeshi, ni citoyens, all>
Au-delà
des faims, des maladies, des dangers, des obstacles, dans la
promiscuité des camps dont les issues sont
barrées, ce qui manque cruellement
c’est droit enfin de continuer à être.
Invisibles
et trahis,
Insensibles
car trop meurtris,
Affamés,
apeurés, comment imaginer une nouvelle vie demain si
personne ne
reconnaît les souffrances incurées
d’hier ?
Comment
retrouver une temporalité aujourd’hui? Les saisons
se succèdent
mais perdent leur sens, maintenant le rythme naturel est
ajusté aux
distributions de nourriture. Interdits de sortir de
l’enceinte par le
gouvernement du Bangladesh qui, décidément,
trouve ces hôtes bien encombrants. Ils
passent leurs journées à tuer le temps - seule
denrée dont ils jouissent dans
l’excès – mais dont ils manquent
paradoxalement, trop conscients des espérances
gaspillées à trop attendre.
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